AU COEUR DE L'INFORMATION
19 Octobre 2026 00h05 GMT
SOCIETE

GICES : La force du collectif face au défi de la terre



Quinze ans. C'est le temps qu'il a fallu au Groupement d’Initiative Commune des Entrepreneures Solidaires (GICES) pour transformer une modeste entraide villageoise en un levier économique majeur de la Lékié. Lors de la semaine chargée d’activités lancée le 08 octobre 2026, derrière les étals soigneusement préparés à Obala sous le patronage du Sous-Préfet Félix Kanga, le constat est sans appel : les bocaux de tomates, le manioc et le njansang présentés ne sont pas seulement des produits, mais le résultat d’une révolution silencieuse née en 2009.Sous la direction de Messina Tsimi, présidente dynamique et visionnaire, ce collectif de 30 femmes et un homme a rompu avec l'isolement des petites parcelles épuisées en mutualisant des terres atteignant désormais dix hectares.
 Une stratégie de bon sens que défend  Modo Martine : pour elle, la diversité des cultures est une nécessité autant nutritive que financière. « On ne peut pas se contenter de faire juste une seule variété, il faut savoir multiplier », martèle-t-elle, transformant chaque cycle agricole en une opération de survie et de développement.
Cette exigence se lit jusque dans le quotidien de chaque membre, pour qui la terre n’est pas qu’une affaire de gestion, mais une identité. « C’est de ça que je vis. C’est avec ça que j’accueille l’étranger. C’est ça qui pousse mes enfants à l’école », confie Mme Mendouga Ngah Jeanne, agricultrice et agent de santé, qui, malgré les années, reste en attente de soutiens pour accroître ses capacités. La rudesse du labeur, notamment pour les filières complexes comme le njansang, exige une abnégation que Mme Ngouni Rosalie Mireille qualifie sans détour : « C’est une activité qui torture, qui casse le dos », dit-elle, avant d'ajouter, pragmatique, qu’« il faut bousculer » les contraintes pour maintenir une activité rentable. Ce réalisme, porté aussi par M. Zingui Roland, Secrétaire Général, vise un objectif clair : s'extirper durablement de la misère par une production accrue.
C'est ici, face aux 30% de récoltes habituellement perdues, que le GICES a fait le choix audacieux de la transformation artisanale. Pourtant, la barrière technologique demeure réelle, comme le pointe Mme Ngah Tsimi Léontine. Entre les contraintes climatiques du séchage en zone tropicale et les coûts logistiques, le passage à l'industrialisation est un mur financier autant qu'administratif. Pour elle, le chemin de la croissance passe par l'ouverture à des standards extérieurs et un accès aux outils modernes. « Il faut maintenant juste les moyens », insiste-t-elle en appelant à des partenariats concrets. Alors que 2026 est placée sous le signe de l’Année Internationale des Agricultrices, le groupement ne demande plus une simple visibilité, mais une véritable reconnaissance de son rôle stabilisateur sur les prix et l'emploi. Le succès est là, bien réel ; il attend désormais l’étincelle financière pour franchir définitivement les portes du marché industriel.